
Annecy, samedi 30 mai, 2h48 du matin.
Il fait déjà chaud, 18 degrés environ. J’ai depuis une dizaine de jours une élongation du pectiné et des adducteurs et je viens d’achever une semaine de boulot particulièrement épuisante, qui n’a pas permis de « faire du jus » avant la course.
Malgré ces mauvaises conditions, j’ai quand même décidé de prendre le départ de la course et de voir jusqu’où je pourrai aller. Mais je ne pars vraiment pas confiant. Je suis dans la 8ème vague (sur 12), avec d’autres coureurs en théorie sur des rythmes équivalents au mien.
Les 3,5 premiers kilomètres longent les berges du lac. Sur le papier, ça ressemble à un échauffement. Dans la réalité, dès les premières foulées sur terrain plat, je comprends immédiatement que l’adducteur va poser problème. Chaque appui sur le plat
réveille une douleur discrète mais constante, comme un avertissement qu’on préférerait ne pas entendre.
Je modère mon allure pour limiter la douleur et le temps d’arriver au bout de la partie plate, je me suis fait doubler par la plupart des coureurs de mon sas. La première bosse arrive et je constate qu’en montant ma douleur s’atténue fortement, jusqu’à ne plus devenir vraiment gênante. Le corps retrouve un mouvement qu’il connaît, mais toujours avec cette impression de ralenti.


Il fait très chaud et moite dans le début de cette montée, puis le chemin s’élargit jusqu’à arriver sur une petite route en bitume qu’on suivra en montant sur plusieurs kilomètres.
Les premiers de la vague suivante me dépassent bientôt mais je préfère rester sur mon allure sage plutôt que de risquer de voir revenir la douleur. La route finit par laisser la place à un sentier qui nous conduit jusqu’à la première descente, 600 m plus haut que l’altitude du lac.
Cette descente est sur un chemin assez étroit mais pas très compliqué. Je tente d’accélérer l’allure mais les sensations ne sont pas très bonnes alors je ne force pas. Les 450 m de D- passent relativement vite, jusqu’à arriver à nouveau sur une partie en faux plat descendant puis faux plat montant où mes adducteurs se rappellent à mon bon souvenir… Je ralentis à nouveau et marche par moment. Cette allure au ralenti est très désagréable si tôt dans la course. Déjà les premières lueurs du jour apparaissent.

Mais arrive le 1er ravitaillement au km 16. Je ne fais qu’une courte pause et j’attaque la première grosse montée de la course : 1250 m de D+ pour atteindre la pointe de Talamarche. Une longue montée, bien raide, sur un chemin d’approche assez large.

On sort progressivement de la forêt et les paysages se font magnifiques.



Malgré les fortes températures des derniers jours, il y a encore de la neige par endroit.


La fin de la montée est bien raide, on se suit en file indienne.

En haut le paysage est sublime dans le petit matin.


Le tout début de la descente est très raide et technique, il faut être vigilant. Un peu plus bas, la pente se réduit et j’entends un bruit qui ressemble à une chute de pierres. Je lève les yeux, ce ne sont pas des pierres mais deux bouquetins en train de s’affronter.

Le paysage sur ce début de descente est très beau à nouveau.


La descente redevient plus raide après ce passage de prairies d’altitude, alors qu’on entre à nouveau dans la forêt. Je sens la tension dans mes adducteurs mais je parviens à courir à peu près à la même allure que les autres coureurs. On suit ainsi un long sentier qui finit par nous amener jusqu’au second ravitaillement au 29ème km, après 5h30 de course et 1900 m de D+ déjà franchis.
Je prends le temps de m’asseoir 2-3 minutes et de boire une bonne soupe pour couper le sucre de mon alimentation jusqu’ici.

Il vaut mieux bien se ravitailler, le prochain segment est encore un bon morceau à avaler : 18,4 km et plus de 1000 D+… J’ai une bonne avance sur la barrière horaire, pas d’angoisse de ce côté.

Le chemin repart presque aussitôt en montée, bien raide. Dans la montée la douleur disparaît de nouveau, je redouble quelques coureurs. La température commence à bien monter. Il n’est que 9h30 quand j’approche du sommet (le col des Nantets), après les 600 m de D+, mais il commence déjà à faire chaud.

Je m’accorde deux minutes de pause au sommet et je repars pour entamer la longue descente parsemée de petites montées qui va m’amener jusqu’à la base de vie de Doussard. Après 2-3 km le lac d’Annecy fait enfin son apparition, le spectacle est très beau !

Plus on descend, plus la température augmente. Le chemin est peu pentu et mes douleurs d’adducteurs reviennent et m’obligent à marcher régulièrement. C’est très frustrant dans une descente ! Je me fais dépasser par beaucoup de coureurs. Heureusement les paysages sont superbes.


La fin de la descente est interminable, et elle laisse la place à une longue portion de plat de 2 -3 km où mes adducteurs se réveillent. Je suis à nouveau contraint à marcher une bonne partie du temps, dans une chaleur qui devient pénible.

C’est enfin l’arrivée à Doussard, la première base de vie et le premier vrai ravitaillement, après 47 km de course et 2800 m de D+. Mais au ravitaillement, il n’y a quasiment plus rien, quelques bouts de jambon et quelques misérables morceaux de tarte salée… Pour une course de ce niveau c’est vraiment honteux ! J’avale ce que je peux et je m’assois pour récupérer. Je suis sans doute en sur-température, il faut que je régule cela en priorité.
Le ravitaillement finit par se regarnir lorsque la nourriture est enfin livrée. Je mange bien et prends le temps de me reposer.
J’hésite vraiment à repartir, je ne prends pas un grand plaisir jusqu’ici… Mais la distance parcourue est encore modeste, alors je décide d’aller au moins jusqu’à l’étape suivante, à 67 km.
Je repars avec un petit groupe que je suis sur 2-3 km puis je finis par les laisser dernière moi dans la montée. Montée très longue dans la forêt, seulement égayée à un moment par un groupe de filles avec un mégaphone mettant une ambiance de dingue. Ca fait du bien parce que jusqu’ici l’ambiance était plutôt complètement absente…
Pas de beau panorama sur cette montée, seulement un long sentier dans la forêt et 1000 m de D+ à franchir pour arriver aux Ailes du Nant, où enfin on sort de la forêt.

Puis une longue descente, parfois sur chemin forestier, parfois en sentier plus technique, m’amène enfin au ravitaillement du km 67. Il y a peu de pente la plupart du temps et mes douleurs reviennent.
Et là au ravitaillement c’est la déconfiture… il ne reste plus grand chose ici non plus, et plus que du sucré. Après tant d’heures de courses, le corps a le besoin d’apports salés, tant pour reconstituer les réserves de sels minéraux que pour passer l’écœurement des aliments sucrés.
Dans ma tête je décide d’arrêter là. Je sais que je suis tout à fait capable d’aller au bout des 100 km mais je n’ai plus l’envie et encore moins le plaisir. Je prends quand même le temps de m’asseoir et de manger deux misérables portions de pain d’épice, mais ce repos n’y fait rien.
Je vais voir les organisateurs et leur signale mon abandon. Aucun regret ! Vouloir aller jusqu’au bout coûte que coûte n’avait pas beaucoup de sens dans ces conditions. Je ne serai pas finisher de cette course mais cela m’est égal…
Alors que dire de cette course ?
En points positifs, la partie jusqu’à Doussard est très jolie, j’ai été agréablement surpris ; la suite était sans intérêt et je n’ai pas vu la fin… Le balisage était nickel et il y avait toujours un bénévole aux endroits où on pouvait hésiter sur le parcours.
En points négatifs : peu d’ambiance sur le parcours et des ravitaillements clairement pas à la hauteur, tant en termes de logistique que de contenu.
En conclusion, je suis content d’avoir tenté cette course relativement difficile, mais je n’étais pas dans une condition physique qui m’aurait permis de vraiment en profiter. Et à la question de savoir si je la retenterai, la réponse est clairement non !